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Richard contre Richard

Qu’est-ce qu’un poète, si ce n’est un traducteur, un déchiffreur ?
Charles Baudelaire

Parmi les nombreux poncifs enseignés dans les écoles de journalisme, il en est un que les « petits soldats » en formation se doivent d’intérioriser et d’appliquer aux yeux de leurs professeurs et futurs employeurs : la sacro-sainte « neutralité journalistique ».

Dans les faits, la plupart des journalistes, encore stagiaires ou déjà professionnels, ont évidemment une opinion personnelle, plus ou moins consciente, à l’égard de leurs interviewés ou des sujets traités, notamment quand ceux-ci ont un caractère politique ou sociétal. Et comme l’information écrite et audiovisuelle n’est pas encore produite par des machines sans âme, il arrive que ces orientations se reflètent dans le choix et le traitement des questions d’actualité.

Il s’agit là d’une coutume tacitement acceptée par tous : proclamons un devoir d’impartialité mais tolérons l’affichage subtil de nos préférences communes.

Cette règle non-dite connaît des exceptions : sur des question sulfureuses ou complexes, l’exposition d’une idée à contre-courant est non seulement refusée mais, parfois, violemment combattue par la corporation. C’est ainsi le cas pour les journalistes qui se déclareraient hostiles à l’intégration de la France dans l’Union européenne mais aussi, dans un registre entièrement différent, pour ceux -tel Louis Pauwels dans les années 60- présentant un intérêt pour les questions scientifiques controversées (paranormal, exobiologie, archéologie alternative, histoire et influence politique des sociétés secrètes).

Plus familièrement, la bronca des journalistes à l’encontre des leurs s’exerce surtout à propos du 11-Septembre et du conflit israélo-palestinien. Toute prise de position jugée radicale sur ces deux sujets entraîne généralement attaques, sarcasmes ou représailles professionnelles. De nombreux exemples sont avérés et l’auteur de ces lignes, observateur ou partie prenante dans ces étranges moeurs médiatiques, aura l’occasion d’y revenir.

Toujours est-il que la tradition du « journalisme engagé », chère à l’historien Jean Lacouture ou à l’enquêteur Günter Wallraff, est perçue comme, au mieux un caprice de marginal, au pire un choix professionnellement suicidaire. Pourtant, entre le goujat et l’humaniste, il ne devrait pas être interdit de marquer publiquement sa préférence, même si l’objet de leur altercation est sensible.

En 2009, j’avais couvert les mobilisations parisiennes en réaction à l’attaque israélienne de la bande de Gaza. Au gré de mes recherches, je m’étais interrogé sur les conséquences du soutien inconditionnel du CRIF envers Israël, notamment en son propre sein. J’ai ainsi été le premier à apprendre auprès de ses membres que l’UJRE, issue de la Résistance communiste, allait quitter le CRIF en signe de protestation. Naturellement, j’ai alors tenté d’obtenir la réaction de son président Richard Prasquier. En vain.

Après une requête téléphonique auprès de son assistante, on m’a suggéré d’envoyer par email ma demande sur une adresse sécurisée. Aucune réponse ne m’est parvenue en retour. Et malgré plusieurs tentatives formulées depuis pour interroger son président, le CRIF, par arrogance ou dédain, n’a jamais souhaité faire connaître sa voix auprès de mes lecteurs. Curieuse attitude au regard de celle de leurs alliés israéliens : même le porte-parole du gouvernement de Tel Aviv accorde régulièrement des entretiens à des médias arabes, y compris quand ceux-ci sont identifiés comme « pro-palestiniens » ou « anti-sionistes ».

Fin 2012, sur le même sujet, j’ai obtenu une toute autre réaction sur le plan humain: celle de Richard Falk.

L’homme, que j’avais déjà interrogé en 2011 à propos de sa dénonciation du mouvement neo-conservateur, vient d’être calomnié par Richard Prasquier qui l’accuse d’être un « fou antisémite ». Le motif central de la discorde : les rapports remis pour le compte de l’ONU au sujet des abus israéliens commis contre la population palestinienne. A l’inverse du président du CRIF, qui n’a jamais daigné répondre en 3 ans à toute proposition d’entretien, Richard Falk a non seulement répondu au premier mail adressé mais a témoigné d’une certaine élégance morale dans notre dernière correspondance.

Au-delà de la morgue de l’un et de la délicatesse de l’autre, quelque chose de plus intime distingue les deux Richard : la poésie.

Après une brillante carrière universitaire, Richard Falk pourrait se contenter d’exercer son rôle de rapporteur pour les Nations unies en toute discrétion.

Or, l’homme qui a le courage -contrairement à ses homologues français- de remettre ouvertement en question la version officielle du 11-Septembre est aussi un adepte de la poésie pour relater les malheurs du monde.

Voici un texte, rédigé et lu par Richard Falk, à propos de l’entrée en guerre contre l’Irak. Lorsque l’on songe au timbre vocal de personnalités ultra-sionistes comme Benyamin Netanyahu, Richard Prasquier, Sammy Gozhlan ou Gilles-William Goldnadel, on comprend alors que la mélodie sybilline d’une voix en dit tout autant que les paroles prononcées.

Un commentaire sur “Richard contre Richard

  1. […] ans plus tôt, Richard Prasquier, l’ex-président (soupçonné par ailleurs de fraude fiscale) du Crif aujourd’hui […]

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