Poster un commentaire

Nadir, Yasser et Benjamin

Parti réaliser une série de chroniques pour Le Courrier de l’Atlas, le journaliste Nadir Dendoune est actuellement détenu dans une prison irakienne.

1749338618

Engagé sur la question palestinienne, l’homme âgé de 40 ans ne serait probablement jamais devenu reporter sans la Bourse Julien Prunet, une voie d’accès au Centre de Formation des Journalistes. Ouverte aux « profils atypiques » âgés de plus de 25 ans, cette filière a été supprimée en 2009 par Christophe Deloire, ex-directeur du CFJ devenu patron de Reporters sans frontières. Le  concours d’entrée visait spécifiquement les individus qui, désireux de devenir journaliste, avaient surmonté un handicap physique et/ou construit un parcours socio-culturel original. Sur une trentaine de postulants, un seul était retenu chaque année.

La suppression de ce concours nous avait consternés, Nadir et moi. Tous deux, nous étions lauréats de la Bourse Julien Prunet (2004 et 2007). Le hasard m’a conduit à le rencontrer pour la première fois durant ma préparation à ce concours. Il était alors en tournée promotionnelle, à travers la France, pour son ouvrage intitulé « Lettre ouverte à un fils d’immigré ».

Aujourd’hui, ses amis se mobilisent sur les réseaux sociaux afin d’accélérer sa libération. Dans les médias grand public, c’est l’indifférence qui persiste. Disposée à lui consacrer quelques minutes d’antenne lors de son retour de l’Everest-gravi en 2008, TF1, aujourd’hui, ne pipe mot.

Le tapage médiatique a failli, en revanche, se produire, quand Benjamin Lancar, président des Jeunes UMP et conseiller régional, avait tenté, en 2009, de faire courir le bruit  selon lequel Nadir Dendoune lui avait adressé une remarque antisémite. L’incident était remonté jusqu’à la direction de M6 qui employait alors le journaliste.

La manoeuvre de discrédit professionnel avait échoué mais elle avait révélé le stratagème employé délibérément par certains (politiques, associatifs, journalistes) pour ternir l’image d’un citoyen jugé trop subversif en raison de ses prises de position.

Cela n’a pas empêché Nadir de continuer, encore en 2013, son engagement journalistique et politique en faveur de la Palestine.

Malgré la gêne -pour ne pas dire plus- que ce sujet suscite parmi les recruteurs hexagonaux du journalisme audiovisuel, l’homme, devenu reporter d’images, est demeuré fidèle à ses convictions de jeunesse. Fin 2004, alors qu’il entamait sa première année au CFJ, Le Parisien avait relaté sa rencontre avec Yasser Arafat en janvier 2002.

5695_129343350239_782509_n

Nadir exprimait déjà là son franc-parler.

« Ma rencontre avec Arafat dans son QG »

ILS NE DOIVENT vraiment pas être nombreux, les jeunes des banlieues, à avoir pu dialoguer en tête en tête avec Yasser Arafat dans son QG de Ramallah.

Nadir Dendoune, 32 ans, citoyen de la cité Maurice-Thorez à L’Ile-Saint-Denis, fait partie de ces « privilégiés ». En janvier 2002, à l’occasion de son tour du monde à vélo pour sensibiliser la planète aux ravages du sida, ce Franco-Algérien, aujourd’hui étudiant en journalisme, s’est entretenu une demi-heure durant avec le leader de l’OLP.

 « Il m’a pris dans ses bras, on s’est embrassés. J’étais très ému », se souvient le globe-trotter qui fut également bouclier humain en Irak lors de la guerre en 2003.

Pour arriver jusqu’au Raïs, dans son palais de la Mouqata’a, ce fut un véritable parcours du combattant. « Je me trouvais à Jérusalem, à vingt bornes de Ramallah. J’avais entendu aux news qu’il n’avait plus le droit de quitter son QG. Je me suis dit que, comme il ne devait pas avoir grand-chose à faire de ses journées, il pouvait me recevoir. J’ai donc tenté ma chance », raconte-t-il.

Au petit matin, le petit malin parvient à franchir à bicyclette les multiples contrôles de police israéliens. « Aux check points, j’exhibais mon passeport français et je cachais mon drapeau algérien. Je leur jurais que j’allais juste me promener », sourit-il. Une fois arrivé devant le « bunker » d’Arafat encerclé par les tanks de Sharon, il fait part de sa demande aux militaires palestiniens, arborant cette fois-ci fièrement son drapeau algérien autour du cou. Après sept heures de palabres, Nadir l’obstiné finit par décrocher miraculeusement un rendez-vous en début de soirée avec celui qu’il considère comme un « personnage historique ».

« C’est incroyable, je n’ai même pas été fouillé ! J’ai pris l’ascenseur et, en sortant, je me suis retrouvé nez à nez avec lui. Il était avec quatre ou cinq mecs de sa garde rapprochée », se rappelle le Kabyle. « Il était super-cool. On s’exprimait en anglais et en arabe. On a d’abord discuté de mon bled en Algérie et de la France. Il m’a dit que c’étaient deux beaux pays. Il a trouvé également que c’était bien ce que je faisais contre le sida », enchaîne-t-il. Ensemble, ils sirotent un thé à la menthe.

« Ensuite, il m’a parlé pendant cinq minutes de son peuple. Il m’est apparu un peu comme Jacques le Fataliste. Il était aussi déjà très affaibli par ses pépins de santé. Ses lèvres tremblotaient», décrit-il. Puis est venue l’heure des adieux. Nadir est remonté sur sa selle et a quitté la Cisjordanie, marqué à tout jamais par sa rencontre. « Pour moi, Arafat, c’est un symbole. Mais je ne crois pas que ce soit un héros. Il a quand même fait la lutte armée et a du sang sur les mains. Pourtant, sans lui, il n’y aurait jamais eu de  cause palestinienne. Toute sa vie, il s’est battu pour l’une des plus grandes injustices sur terre en prenant des risques. Il l’a fait avec humilité et avec son coeur », conclut le baroudeur engagé du « neuf-trois ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :