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Syrie : le navire de guerre français porte le nom d’un combattant anti-musulman

« Le chevalier Paul relèvera la France des insultes que ces Barbares prennent sur elle ».

Saint Vincent de Paul, Correspondance, ed. Coste, VII, 79

Ce jeudi, la préfecture maritime de Méditérranée a confirmé l’information du Point : la frégate de défense anti-aérienne dénommée Chevalier Paul a bien quitté ce matin le port de Toulon en direction d’une « zone non spécifiée ».

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Officieusement, elle doit rejoindre la flotte américano-britannique déjà stationnée au large de la Syrie.

Le site du ministère de la Défense évoque brièvement, dans une notice technique relative à la frégate, le parcours de l’officier de marine Jean-Paul de Saumeur, surnommé le Chevalier Paul :

Vers 1614, il s’embarque à La Ciotat sur un brigantin de l’Ordre de Malte et donne rapidement les preuves d’une valeur exceptionnelle qui lui firent pardonner ses nombreuses incartades de jeunesse, de par son caractère fougueux.

Ses nombreux faits d’armes sur des bâtiments turcs dans la guerre contre le commerce ottoman lui valent d’être nommé en 1637 Chevalier de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem puis commandeur de l’Ordre de Malte en 1659.

Il participa activement à de nombreuses victoires françaises contre les Barbaresques, principalement en Méditerranée.

Lors du « marrainage » de la frégate par la ville de Nantes, réalisé en mars 2012 par son député-maire Jean-Marc Ayrault, le site Novopress, proche de l’extrême droite islamophobe, avait raillé la décision du futur Premier ministre :

En honorant ainsi un grand marin qui s’illustra au XVIIème siècle par une guerre sans merci contre l’Empire ottoman, le maire de Nantes a pris le risque de heurter la sensibilité de certains « Nantais venus d’ailleurs ».

Sans faire la moindre allusion à la carrière du Chevalier Paul, dont il semble – ou fait semblant – de tout ignorer, Jean-Marc Ayrault s’est félicité sur son blog de ce parrainage, estimant que ce dernier « constitue un moyen privilégié de maintenir et d’approfondir le lien qui doit unir l’armée à la nation. C’est la conscience que nous devons avoir des intérêts maritimes de la France, d’une ambition maritime partagée. »

Le conseiller spécial de François Hollande va jusqu’à suggérer « qu’un travail particulier pourra s’effectuer avec les écoles nantaises. Une école pourrait ainsi devenir partenaire de la frégate Chevalier Paul. Les élèves en suivraient les missions à distance, pourraient rejoindre la Frégate lorsqu’elle serait à quai à Toulon. Nous pouvons imaginer de multiples formes d’échanges qui viendraient régénérer ce lien entre les jeunes générations et la marine, car nous n’oublions pas le rôle de la défense comme élément de notre cohésion nationale. »

Enseigner dans les écoles nantaises les exploits de Monsieur de Saumeur, dit le Chevalier Paul, contre les Barbaresques ? Rappeler qu’il a contribué à tirer de leurs griffes des esclaves européens? Voilà bien une heureuse initiative qui, malheureusement, risque fort de demeurer lettre morte. Elle pourrait en effet heurter les élèves issus de la « diversité » et donc compromettre le sacro-saint « vivre ensemble ». Un risque que le maire de Nantes, en bon oligarque mondialiste, n’est certainement pas prêt d’assumer.

Lancée en 2006 et activée en 2011, la frégate a passé l’un de ses premiers baptêmes du feu dans le cadre de l’opération Harmattan contre la Lybie, cet autre territoire des « Barbaresques » comme on nommait jadis les Maghrébins au temps de l’officier de marine. Avant de servir le roi Louis XIV, Jean-Paul de Saumeur fut longtemps dévoué à la défense et à l’expansion du catholicisme (à travers ses conquêtes maritimes accomplies au nom de l’Ordre de Malte, une puissance alors souveraine de nature militaire et religieuse). Un site consacré à l’histoire de la Provence le présente d’ailleurs comme un homme ayant obtenu « au cours des années la réputation d’un pourchasseur d’Infidèles ».

Et comme le précisait en 1861 Léon Guérin dans son ouvrage intitulé « Les marins illustres de France », c’est dans ce domaine que le futur Chevalier Paul s’était illustré : « Les fréquents combats que ce bâtiment livra aux mahométans furent autant d’occasions pour Paul de se faire remarquer; il s’acquit bientôt une réputation de bravoure et de sang-froid dans les périls, qu’aucun autre ne surpassait, n’égalait même à bord du brigantin. Le capitaine ayant été tué, Paul, du vœu de tout l’équipage, fut choisi pour remplir sa place. »

Peu nombreux mais présents dans l’armée française, la haute fonction publique et les médias, les partisans influents du « choc des civilisations » qui persistent à voir -ou vouloir- une bataille entre islam et chrétienté apprécieront l’étrange ironie de l’Histoire : une république dite laïque envoyant au coeur du Moyen-Orient un navire de guerre -arborant le nom d’un redoutable adversaire des « mahométans »dans le but de soumettre un régime en lutte contre des « rebelles » adeptes, pour la plupart d’entre eux, d’un islam extrémiste.

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